01/03/2009

Un Ch'ti marché

Il est un plaisir, lorsque je vais à Lille, que je ne veux rater sous aucun prétexte: la visite du marché du Vieux Lille, Place du Concert, au bout de la rue de la Monnaie. De préférence tôt le dimanche matin, sans la foule qui fait habituellement du shopping dans les boutiques chics du Paris du Nord.

C'est un petit marché aux échoppes variées: boucherie, charcuterie, volailles, poissonnerie, plats préparés, pizzas, poulets rôtis, boulangerie et pâtisseries, confiseries, fruits et légumes, produits régionaux et fermiers, fromagerie et crémerie, fruits secs, fleurs naturelles, produits issus de l’agriculture biologique, livres neufs et anciens, textiles.

En musardant entre les étals, mon attention est attirée par un fromager au nom prometteur: "Le Régal des Gourmets". Le commerçant est en train de vanter à une cliente un vacherin d'où s'échappe langoureusement une pâte si laiteuse qu'on entend mugir la vache en son pré rien qu'à la regarder.

D'habitude, je n'aime pas faire la file, mais là, c'est l'occasion de mater à l'aise cet appétissant foisonnement de fromages, et de composer ma commande. Exercice difficile alors que dans ma tête une petite voix enfantine et gourmande jubile "Oh, ça c'est bon et ça aussi, et ça donc!" alors qu'une autre voix beaucoup plus pausée tempère ses ardeurs d'un ton moralisateur. Allons donc pour le vacherin, un assortissement de pâtes dures (Comté, Gruyère, Fribourg et Emmenthal) et un superbe Maroilles fermier de la ferme des Bahardes à Estroeungt, un des quelques producteurs fermiers de ce produit magnifique qui fait la gloire du Nord.

Quelques allées plus loin, dans un coin, se niche l'étal d'un charcutier-tripier bien nommé "Au Porc d'Attache". Les produits sont artisanaux et de qualité. C'est l'occasion d'acheter du Potjevleesch, de l'andouille, de l'andouillette et du petit salé. J'étais à 2 doigts de craquer pour le museau vinaigrette et les tripes à la mode de Caen, mais ce sera pour une autre fois. La voix pausée a obtenu cette concession...

Arrêt suivant chez le marchand de fruits pour quelques pommes. C'est la fin de la saison des oranges sanguines. Ca me rappelle quand j'étais gamin au carnaval, et que je ramassais les oranges jetées par les Gilles, pour les manger ensuite ainsi dans la rue, le jus frais coulant dans ma bouche d'enfant... "Mettez m'en deux kilo, dis-je". "Non, c'est trop peu, mettez deux kilo et demi", renchérit la voix gourmande.

L'hiver, c'est la saison des racines. Un producteur bio propose de magnifiques radis noirs. En fines lamelles sur une tranche de pain au beurre salé ou au fromage frais, ce sera excellent.

Maintenant le pain. Au n° 85 de la rue de la Monnaie, faisant le coin avec la rue du Péterinck, on trouve une petite boulangerie-pâtisserie nommée "Aux Merveilleux de Fred". En plus de la spécialité pâtissière à l'origine du nom de l'endroit, la vitrine regorge de pains dont on devine à les voir le croustillant de la croûte et le moelleux de la mie. La file d'attente sur le trottoir atteste de la réputation de l'établissement.

Mais c'est déjà l'heure de l'apéro. Juste en face du "Merveilleux", au n° 50, se trouve un bar à vin très couru, "La Part des Anges".  Cette matinée ensoleillée de février se prête à merveille à la dégustation d'un verre de champagne à une des tables extérieures sur le trottoir en pavés, tandis que les passants vont et viennent du marché tout proche et qu'au coin de la rue un gars joue de l'accordéon à notre bon coeur.

Il y a déjà eu des moments plus pénibles dans l'existence...

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