23/11/2008

BRETAGNE - JEUDI: La guerre des mondes

Dans la baie du Mont Saint-Michel, il se joue chaque jour un combat titanesque entre la terre et la mer. On dit là que la mer monte à la vitesse d'un cheval au galop, partant fougueusement à la conquête du sol. Malheur au promeneur attardé.

Le littoral entre le Petit Porcon et le Château Richeux raconte l'histoire de cet affrontement. On le voit très bien à la limite des terres, là où la mer prend d'assaut la côte à marée haute.

Les racines des arbres se tendent en vain à la recherche de la terre nourricière, emportée par les vagues. D'autres arbres, tombés au combat, il ne reste plus que la souche, blanchie par le sel, dont la silhouette dramatique se dresse sous le soleil pâle de novembre. 

Les rochers mis à nu offrent une dernière barrière de leur corps granitique, avant d'être à leur tour recouverts de goëmon. Un peintre fou leur a mis des touches de jaune, qui donnent au paysage lunaire une note pathétique, comme un fard trop vif sur la bouche d'une vieille dame.

Dominant les terres, le grand catafalque du Mont Dol se profile dans la brume, général des troupes terriennes assiégées.

A gauche, le Mont Saint-Michel trône, comme surgi des flots, solennelle pièce montée posée sur l'horizon, semblant inciter à l'assaut les vagues en retrait.

A l'approche du Château Richeux, sur une langue de terre recouverte de végétation, la carcasse d'un chaland a trouvé le repos.

C'est l'esprit empreint de ces méditations que j'arrive au Coquillage pour déguster un Grignotage, formule consacrée de l'endroit, comprenant un service froid et un service chaud de produits de la mer, tandis que ma compagne de table s'attaquera à un plateau de fruits de mer.

Cette fois, ce sont les terriens qui ont gagnés.

Et quand on croit ne plus pouvoir manger, arrive le chariot de desserts, qui fait s'effondrer les meilleures résolutions.

 

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